Le mur céda, je fit tomber des briques de l’autre coté du mur. Un vent frais vint me balayer le visage m’encourageant à continuer. Un passage fut ouvert rapidement, car l’humidité avait déjà attaqué la paroi. Je me retournais, soudain je sentis un léger pique à l’épaule. Une balle m’avait effleuré m’arrachant un peu de peaux. Il était temps de partir.
« Vous pouvez marcher ? » demandais-je à Ophelia.
« Oui » fit-elle fière d’elle. Elle se leva mais retomba dans mes bras au premier pas.
« Je crois que je vais devoir vous aider. »
« J’y arriverais seule. » Elle se dégagea et marcha quelques pas avant de retomber sur le sol. Je n’avais jamais vu tel caractère. Mais c’était la guerrière profonde qui refaisait surface, celle qui n’acceptait pas d’aide. Je pris un morceau de bois, une ancienne lance et je lui tendit.
« Si vous refusez que je vous aide, acceptez au moins cette canne. » Elle sourit et se releva s’appuyant dessus.
« Merci, dit-elle vous êtes d’une inventivité inestimable. » Je la fixais perplexe.
« Qu’est ce qu’il y a ? » lança-t-elle.
« Je suis content de vous voir ainsi, cela veut dire que vous êtes en forme. Et c’est le premier compliment que vous me faites. »Le mur donnant sur la salle principale se fissura.
« Je crois qu’il faut y aller. » fit-elle.
Nous entrâmes dans le passage. Il ne faisait pas trop sombre, étonnamment. Ophelia allait lentement mais elle refusait mon aide. Nous découvrîmes plusieurs mètres plus loin un long escalier fin et étroit en pierre. L’ascension fut difficile, mais nous nous éloignons de la salle. Nous parvinrent dans une petite salle ronde, au bout un autre escalier. Nous fîmes alors une pause. J’avais soif, mais je n’avais pas pu prendre de l’eau. Ophelia était pâle. Quelle tête de mule. Durant l’ascension, elle avait refuser chacune de mes propositions d’aide. Je reposais ma tête contre la paroi. Je restais quelques minutes dans un silence revigorant. Un son étrange m’interloqua. Je me levais doucement et m’approchais de l’escalier par lequel on venait d’arriver. C’était des bruits de pas. On nous avait suivi, et d’après le bruit, ils étaient nombreux. Je regardais la pièce, il n’y avait rien pour nous aider. Ophelia avait également entendu le bruit. « Il me faut une solution, murmura-t-elle. » Il fallait se rendre à l’évidence, il n’y en avait pas à part la fuite. On reprit notre marche dans l’escalier. Mais il nous rattrapait vite. Enfin, la lumière du jour se fit devant nous. Il n’y avait pas de fermeture, on déboucha dans un grand buisson. Ophelia avait oublié la douleur et avait même couru. Mais à la sortie, elle s’effondra, elle avait trop forcé sur ses réserves. « Je suis désolé, annonçais-je, pour ce que je vais faire, mais cela est nécessaire.» Sans autre mot, je la pris dans mes bras, sa légèreté m’étonna encore. Au début, elle s’offusqua, mais elle n’avait plus assez de forces. Et elle comprit que je ne la laisserais pas tomber pour fuir, j’avais changé cette nuit-là, je m’en rend compte aujourd’hui. Bien sûr, j’avais toujours peur, j’étais terrorisé au fond de moi, mais une nouvelle force que je ne croyais pas posséder s’était emparée de moi. Je me mis à courir sur un sentier, nous étions en haut d’une falaise. Nos ennemis nous talonnaient de près. Je m’explosais la poitrine, j’utilisais toute les forces qui me restaient. Je me souviens en écrivant ces mots les histoires que l’on entend dans notre monde. Ces actes héroïques faits par certaines personnes, où ce courage que l’on trouve en soi lorsque qu’on sait que la mort nous attend au tournant. Je croyais avant d’arriver à Elleana faire partie de ces gens qui lorsque le danger et la mort approchent, s’asseyent et l’attendent. Je me trompais, je faisais partie de ceux qui voulaient vivre et qui se battaient jusqu’au dernier souffle. Ou alors était-ce pour autre chose, pour Ophelia et les autres que j’appréciait tant. Mais là n’est pas la question, le corps humain, pour échapper à la mort, peut utiliser des forces qui nous sont inconnues. J’étais en train de les utiliser. Mes pieds foulaient le sol à grands pas, Ophelia se tenait à moi, elle s’était résolue à se faire porter. Je la tenais comme on tient une mariée lorsque qu’un époux pénètre dans leur demeure. Mes muscles me brûlaient, je manquais de trébucher sur chaque racine, chaque pierre… Les branches me labouraient le visage. Je savais qu’à la moindre chute, on mourrait tous les deux. Je ne sais combien de temps j’avais couru ainsi. Nos adversaires se rapprochaient, je pouvais entendre leurs pas sur le sol. Nous découvrîmes une clairière. Celle-ci s’arrêtait sur un précipice. Je dû m’arrêter, à l’évidence nous étions coincés...




