Monstre ou Ange ?

Je restais au moins une demi-heure seul sans le moindre bruit. Ce longsilence me permit de reprendre des forces. Après avoir contrôlé une énième foisles environs, je m’assit à côté d’Ophelia. Je touchais son front, la fièvreavait diminué. Elle ouvrit les yeux. Surpris, je tombais en arrière. Elle émitun petit rire cristallin fort agréable dans une telle situation. Elle voulaits’asseoir, je l’aidais.  Je profitais dusilence et du fait que j’étais seul avec Ophelia pour parler avec elle. Je nevoulais pas qu’elle perde à nouveau connaissance car l’état de ses blessuresm’inquiétait. Elle l’avait compris et elle me parlait de tout et de rien,n’évoquant jamais un sujet la concernant personnellement. Pourtant, je sentaisdans son regard, et dans le ton de sa voix ce que j’avais depuis notre premièrerencontre déduit. C’était une femme d’une force extraordinaire et une combattanteémérite. Mais cette tristesse dans le fond de ses yeux témoignait de son âmesensible et solitaire. Elle agissait un peu comme moi : à l’extérieur,elle était dure comme la pierre, sans fissure apparente, mais à l’intérieur,c’était une jeune fille fragile et solitaire au passé tourmenté. Mes sentimentsenvers elle changèrent durant ce temps passé à rester auprès d’elle. Jecommençais à percevoir des sentiments très intenses à son égard. Mais je mesentais ridicule. J’essayais surtout de chasser ces pensées qui me semblaientalors improbables et malvenues. Mais hélas l’amour est une chose, une maladiefacile à attraper mais c’est moins facile de s’en défaire. La jeune femmeregarda ses blessures et constata les dégâts. Un de ses bras lui faisait un peumal, et une de ses ailes ne pouvait plus bouger. Chaque fois qu’elle provoquaitun mouvement, cela la faisait souffrir. Elle entreprit de caresser ses ailes,voyant que je l’observais, elle s’arrêta. « Pardon, m’excusais-je, jen’aurais pas dû vous dévisager ainsi, c’était très malpoli de mapart. »  « Ne vous excusez pas,dit-elle en souriant et en reprenant son geste, je suis une erreur de lanature. Ces ailes, je ne devrais pas les avoir, vous devez me prendre pour unmonstre.» J’étais étonné par sa révélation. « Bien sûr que non, vous êtesvraiment très belle. Ces ailles vous vont à ravir. Et puis elle sont bénies carelle nous ont sauvé la vie. » « Ne vous moquez pas de moi, ces ailesont poussé, il n’y a que quelques jours. Ces gens m’ont connu sans, il vontcroire que je deviens une espèce de créature dangereuse. Ils risquent de merejeter pour ça. » Des larmes coulaient sur ses joues, je n’osais pasréagir. D’ailleurs, je ne savais pas quoi faire. J’orientais la discussion surun autre sujet. « Pour moi, vous serez toujours la même, Ophelia. Si voussaviez comment sont les gens dans mon monde. Enfin, ceci n’est pointintéressant… Par contre Je voulais vous demander quelque chose. »« Allez y… » « Comment avez-vous fait pour m’aider dans la salled’étude ? » Elle haussa les épaules et m’annonça qu’elle avait du malà dormir à cause de ses ailes et que les gardes des Algardes l’avait prévenue.Elle me remercia aussi en regardant sa plaie à la cuisse. Je lui dit que jen’avais pas fait grand chose. « Je suis navré qu’à cause de moi vous soyezblessée. » « Vous n’avez pas à vous excuser, je n’ai fait que montravail. C’est à moi de vous remercier pour m’avoir portée et soignée. »« J’ai fait ce que j’ai pu. » Je regardait négligemment par la meurtrière, voyant mon désarroi,Ophelia dit de sa voix douce : « Beaucoup de gens auraient fui, vousêtes resté. C’est une preuve de courage. » Je n’y croyais guère à cemoment-là. Dehors, il se mit à pleuvoir, mes yeux pénétraient la pluie à la recherchede quelconque danger. J’aperçut soudain au loin le navire que nous avions fuit.Il se dirigeait sur nous, ça ne faisais pas de doute, il nous avait repéré. Ilnous fallait un plan. En voyant mon visage, Ophelia comprit, elle voulut selever mais ce geste lui arracha un léger cris de douleur. «Fuyez » medit-elle. « Vous avez une chance.» «Pas question, vous êtes blessée, je nevous laisserais pas. »  J’ignoraisd’où venait cette force en moi. Mon cerveau se mit à réfléchir à toute vitesse.Il n’y avait qu’une entrée, mais aussi qu’une sortie. L’escalier en colimaçonétait également le seul accès. Les empêcher d’entrer était impossible. Parcontre l’escalier lui était plus facile à garder. Je partis donc prendre tousles débris que je pourrais jeter dans l’escalier.  Ophelia comprit mon idée, mais elle nepouvait m’aider à l’accomplir. Hélas, il n’y avait pas grand chose. J’empilaisdeux grosses pierres près de l’escalier. Le vaisseau ennemi stoppa à moins decent mètres de notre position. Bizarrement, son flanc nous fit face.« Qu’est-ce que vous voyez ?» me demanda Ophelia.  Je luidécrivis. Soudain, je vis les sabords du navire s’ouvrir, des canons ensortirent. « Il n’ont pas l’intention de nous capturer. » Je meprécipitais vers Ophelia et lui tendait la main. Elle la prit ne comprenantpas, je l’aidais à se tenir debout, elle s’accouda à moi. Tous deux nousallâmes le plus vite possible dans la salle de repos. On se colla contre laparoi, derrière laquelle se tenait la falaise. « Vous pouvez m’expliquer ?demanda Ophelia. Je ne pus lui répondre, le navire fit feu.

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