J’entendit un cri aigu, j’avais mal dans tous mes muscles.

J’entendit un cri aigu, j’avais mal dans tous mes muscles. J’avais mêmemal dans des endroits où il n’y avait pas de muscle. J’étais sur le dos, jesentais des rochers me rentrer dans la peau. J’ouvris les yeux et devant moiassis sur ma poitrine se tenait Zins. Je me redressais. La tête me tournait,j’étais dans un flou. Je me relevais avec difficulté. Je mit du temps àrassembler les éléments de la journée. Soudain, son visage vint dans mon esprit.« Ophelia. » Je me mis à courir vers le haut de la pente. Je la vis,allongée sur le sol. Elle était dans un triste état. Ses ailes étaient dans unétat lamentable. J’avançais, brusquement le monstre ailé qui nous avait attaquéatterrit devant Ophelia. Elle ne bougeait pas, son sang maculait le solpoussiéreux.  Je n’avais aucune arme etje me retrouvais devant ce monstre seul. Zins qui était sur mon épaule fonçasur notre adversaire mais un coup de griffe l’envoya bouler au loin. Je meretrouvais seul face à lui, il rugit pour m’intimider. Mais j’en avais marre delui et de cette journée. J’étais dans des vêtements en lambeaux, j’avais étékidnappé, j’avais pas mal d’égratignures, Ophelia, mon amie, avait été blesséeen essayant de m’aider ainsi que Zins. Il était tant que j’accomplisse quelquechose. Je sentis une force me pénétrer, elle venait de ce qui se trouvaitautour de moi. Une énergie folle, enivrante s’empara de mon corps. La colèren’est jamais bonne mais je la laisse me dominer. Mes muscles maigres gonflèrentsous un fluide inconnu. Du sol, il monta une auréole bleutée. Elle m’entoura,mon bras droit se mit à trembler de plus en plus. Le monstre allait se jetersur moi. Je tendis le bras paume ouverte. Une force colossale en sortit, uneboule de feu se créa et transperça la créature qui tomba sur le sol morte. Jetombais à genoux hébété. Je sentais une puissance autour de moi, cela venaitdes plantes et des animaux. Je fermais les yeux pour reprendre mon souffle.Qu’avais-je fait ? Un nom vint dans mon esprit :« Ophelia » ! Je me précipitais vers elle. Elle respiraitfaiblement. Elle devait avoir perdu beaucoup de sang. Je déchirais ma chemisepour lui faire des attelles. J’entendis un bruit derrière moi, c’était Zins. Ils’assit à la manière d’un chat et me regarda. « Vous m’avezimpressionné. » dit-il. « Je n’ai pas le temps d’en parler, est ceque tu peux me trouver un abris ? Nos ennemis vont bientôt arriver. »Il acquiesça, il se modela en oiseau et s’envola. Autour de nous, il y avait unlourd brouillard. Au moins celui-ci nous cacherait quelquestemps. J’avançais vers le cadavre ailé. C’était une monture, car ilportait une selle. Des besaces pendaient de chaque coté. J’entreprit de  les fouiller pour voir s’il y avait quelquechose valant le coup. Je sortis des vêtements trop sales pour faire despansements. Par contre, une marmite et de l’alcool m’intéressèrent. Je décidaisde prendre les deux besaces. Je retournais près d’Ophelia. Bien sûr cetteexpérience dans la nature n’était pas ma première. Quelques années auparavant,sur terre, j’étais en excursion avec mon oncle et mon grand père maternel. Mononcle s’était brisé la jambe lors d’une mauvaise chute. Mon grand père m’avaitalors appris les premiers secours. Je commençais par soigner les plus gravesblessures. Mais il fallait du feu pour faire bouillir le tissu. Aucune plantene m’était connue. Je ne pouvais donc pas les utiliser comme médicament.Ophelia se réveilla soudain lorsque je touchais à sa main écorchée. Ellem’attrapa à la gorge avec son bras valide et serra. Jamais je n’avais sentitautant de force venant d’une personne si fine. « Ophelia, haletais-je,c’est moi votre ami. » Elle avait le même regard que lors de l’altercationavec le jeune garçon. Puis en me regardant ses iris changèrent et reprirentleur couleur verte. Elle lâcha prise et retomba dans mes bras. Elle étaitépuisée, elle avait donné toutes ses forces pour me sauver. C’était maintenantà moi de donner les miennes. Je ne valais rien comme combattant, mais j’espéraisqu’en tant que secouriste involontaire je valais mieux. Ophelia me fixait, ellegardait encore conscience. « Vous allez bien ? » demandais-jestupidement. « J’ai connu mieux ». Elle tenta de bouger mais stoppasous la douleur. « Ne bougez pas ! dis-je en l’aidant à se rallonger.Vous avez  trop de blessures. Restezallongée. »  « Mais ils vontnous repérer… » « Je ne pense pas, le ciel est brumeux ce matin. »Je décidais de fabriquer un brancard de fortune. Je plaçais Ophelia sur unecouverture qui était étonnamment propre. J’étais impressionné par sa légèreté.Elle perdit connaissance, c’était mieux ainsi, elle n’avait pas à supporter lesassauts de sa douleur. Puis m’assurant que la majorité de ses blessure gravesétaient bandées, je m’avançais vers un arbuste. Je m’emparais d’une hachettequi se trouvait dans une des besaces. (Le hasard fait bien les choses). Jecoupais deux bâtons de même taille. Je savais que je n’avais pas beaucoup detemps. Bientôt le soleil serait à son zénith et le navire ennemi nouslocaliserait. J’alignais les deux bâtons, l’herbe haute ne me facilitait pas latache. Hélas je manquais de matière, car la pluie se mit à tomber. Opheliarisquait d’attraper froid. Je regardais le cadavre de la créature ailé. Enobservant ces ailes en cuir exubérantes et épaisses, une idée me vint. Je peuxvous dire que l’odeur était insupportable mais je n’avais pas le choix. Avec lahachette, je tranchais une partie de l’aile. Je me servit de l’os principalcomme support. Je fixait un des bâtons parallèlement à l’os en hâte. M’assurantde la solidité de l’ensemble, je me décidais à allonger Ophelia dessus. Jetentait de sauvegarder ses ailes, l’une d’elle s’était repliée dans son dos,l’autre semblait brisée. Je la repliais en douceur et la protégeait avec unmorceau de couverture. C’est à ce moment là que Zins fit sa réapparition.« Tu as trouvé une grotte ? » Il faisait du surplace devant moi,« A moins d’un kilomètre, c’est une ancienne tour de garde à flanc defalaise. Et il y a plus… » Il refusa de m’en dire plus et partit devantmoi. Je fixais le brancard de fortune sur mes épaules grâce au lanière de cuirrécupérée sur le cadavre. Les besaces pendaient sur mon épaule, je pris uneinspiration et je me décidais à me lancer. Le bois du brancard, plus dessacoches, était important. Ophelia ne pesait guère bien lourd.

Leave a Reply